La victime a reconnu le visage. Elle a reconnu la voix. Les deux étaient faux.

L’essentiel

  • De fausses vidéos générées par IA ont servi à promouvoir de fausses plateformes d’investissement.
  • Une personne de 86 ans a perdu 900 000 $, une autre plus de 30 000 $.
  • L’Autorité des marchés financiers a reçu 108 signalements d’hypertrucage entre 2023 et 2025.
  • La parade n’est pas technologique mais procédurale : une vérification hors bande.

Que s’est-il passé dans cette fraude ?

Des fraudeurs ont diffusé sur Facebook et YouTube de fausses vidéos générées par intelligence artificielle, voix et visage clonés, faisant mine de recommander des plateformes de cryptomonnaies. Les victimes étaient dirigées vers des sites frauduleux et incitées à investir progressivement.

Le bilan est lourd. Une personne de 86 ans a perdu 900 000 $; une autre, plus de 30 000 $. Entre janvier 2023 et décembre 2025, l’Autorité des marchés financiers a reçu 108 signalements d’hypertrucage.

La progressivité est le trait qui revient dans ces dossiers. On ne demande pas 900 000 $ d’un coup : on obtient un premier versement modeste, on affiche un rendement fictif, on encourage un second versement plus important. Chaque étape paraît raisonnable au regard de la précédente.

Pourquoi cette fraude concerne-t-elle les entreprises ?

Parce que la même technique vise déjà les organisations, sous le nom de fraude au président : un dirigeant est imité, par courriel, par téléphone et désormais en visioconférence, pour faire ordonner un virement urgent. Ce qui a changé n’est pas le scénario mais son coût de production.

flowchart LR A[IA clone voix + visage] --> B[Fausse video credible] B --> C[Plateforme frauduleuse] C --> D[Virements des victimes]

L’IA générative industrialise la tromperie. Produire une vidéo crédible d’une personne connue coûte désormais quelques clics, là où il fallait auparavant des moyens de production. Le Centre antifraude du Canada documente cette typologie parmi les fraudes en progression.

La conséquence pratique est brutale pour les contrôles internes : une voix reconnue et un visage reconnu ne prouvent plus rien. Or beaucoup de procédures de paiement reposent encore implicitement sur cette preuve.

Comment s’en protéger sans acheter d’outil ?

Par une règle de procédure, pas par une technologie. Tout paiement et tout changement de coordonnées bancaires se confirme par un canal différent de celui de la demande, auprès d’une personne connue, avec un numéro déjà enregistré. La demande urgente est précisément celle qu’il faut ralentir.

  • La vérification hors bande. Si la demande vient par courriel, on confirme par téléphone; si elle vient par téléphone, on rappelle sur le numéro du répertoire interne, jamais sur celui fourni dans la demande.
  • Une règle claire, partagée à toute l’équipe. Aucune urgence ne justifie de contourner la procédure, et personne ne sera blâmé d’avoir pris cinq minutes pour vérifier. Cette seconde partie compte autant que la première.
  • La sensibilisation. Ce que vos équipes savent reconnaître, elles ne le subissent pas. Montrer un exemple d’hypertrucage en atelier est plus efficace qu’une note de service.
  • Un canal de signalement sans friction. Une personne qui doute doit pouvoir le dire en trente secondes, sans crainte du ridicule.

RISS forme vos équipes aux fraudes assistées par IA et met en place les procédures de vérification qui coupent court à l’urgence fabriquée.

FAQ

Peut-on encore détecter un hypertrucage à l’œil ?

De moins en moins, et ce n’est pas la bonne piste. Les artéfacts classiques, clignements absents ou synchronisation labiale imparfaite, disparaissent d’une génération d’outils à l’autre. Miser sur la détection visuelle revient à courir derrière une technologie qui progresse plus vite que l’œil. La défense qui tient est procédurale : elle ne dépend pas de la qualité du faux, seulement du canal par lequel on confirme.

Nos dirigeants sont peu exposés publiquement. Sommes-nous à l’abri ?

Moins visés, pas à l’abri. Quelques secondes de voix suffisent aux outils actuels, et elles se trouvent souvent dans un message d’accueil téléphonique, une entrevue locale ou une vidéo d’entreprise. Par ailleurs, l’hypertrucage n’est pas nécessaire : la fraude au président fonctionne encore très bien par simple courriel avec un nom d’affichage usurpé, ce qui reste le cas le plus fréquent.

Que faire si un virement frauduleux est parti ?

Agir dans l’heure, dans cet ordre. Contacter votre institution financière pour tenter un rappel de fonds, qui n’est possible que très tôt. Signaler au Centre antifraude du Canada et à votre service de police. Conserver tous les messages et journaux d’appel sans les modifier. Puis vérifier si des renseignements personnels ont été touchés, car cela déclenche vos obligations au titre de la Loi 25.

Sources